Le journal officiel vient de publier l´arrêté interministériel, attendu depuis le 30 novembre, relatif au classement des crus bourgeois du Médoc. Pourquoi classer des crus qui sont, par nature, non classés?
Pour trois raisons, répond leur président Dominique Hessel. D´abord, protéger la dénomination cru bourgeois ; ensuite, promouvoir les vins et leur image ; enfin, empêcher la prolifération des faux crus bourgeois. "Il ne s´agit pas de bouleverser avec des changements révolutionnaires, mais seulement de mettre de l´ordre", confesse le président Hessel, qui ajoute: "Il ne s´agit pas non plus de faire une compétition et de décerner des médailles."
Et pourtant, l´arrêté des ministres de l´agriculture et de la consommation entérine la décision du Syndicat des crus bourgeois de créer trois échelons: les crus bourgeois exceptionnels, les crus bourgeois supérieurs et les crus bourgeois. Cette hiérarchie qualitative va impliquer de sacrés devoirs aux producteurs, pour se proclamer exceptionnel, ou seulement supérieur, dans un vignoble comme celui du Médoc, où 60 crus classés sont déjà considérés comme supérieurs, et pour certains exceptionnels...
Cependant, c´est à la Chambre de commerce de Bordeaux qu´il revient, comme en 1855, d´organiser ce classement. A elle de réunir un jury compétent, avec oenologues, courtiers, négociants et toutes personnes qualifiées. Il leur faudra prendre en compte sept critéres d´appréciation, comme terroir, cépages, vinification, notoriété, etc.
Curieusement, les qualités organoleptiques du vin n´arrivent qu´en septième position pour juger le cru.
Ce classement, comme celui de Saint-Emilion, sera révisable tous les dix ans. On peut donc prévoir des montées et des descentes décennales, avec le lot de contestations inhérentes à ces événements, et à la médiatisation inévitablement attachée aux pleurs d´une victime se disant injustement déclassée. Bref, nul doute qu´on va reparler du Médoc.
C´est une bonne chose, car cette famille des crus bourgeois mérite qu´on s´y attarde. Avec 400 crus différents, et quelque 50 millions de bouteilles, elle représente la moitié de la production du Médoc, et un fabuleux réservoir de bons rapports prix/plaisir pour l´amateur. Le classement va certainement amener des tensions, mais il a le mérite d´aller dans le sens que le consommateur exige, celui de la qualité.
A partir du Journal Sud-Ouest du 6/02/2001